Eau en bouteille & déchets plastiques : du TEDx Casa à Moul El Karossa

Jeudi dernier j’ai eu le plaisir de monter sur les planches du TEDx Casablanca pour essayer de convaincre quelques 400 personnes de réduire leur production de déchets.

Je voulais profiter de l’occasion pour imprimer dans la tête des gens une image marquante, et leur permettre de prendre la mesure de notre production de déchets au quotidien. Après moult idées foireuses, j’en ai eu une qui m’est apparue un peu moins obscure que les autres… du moins c’est ce que je croyais :). Je me suis dit :

« Il y a un geste vital que l’on fait TOUS : boire de l’eau. Beaucoup de gens préfèrent boire de l’eau minérale car ils considèrent que c’est sain et bon pour la santé, or cette eau est vendue dans du plastique…  et donc génère des déchets plastiques ». J’avais trouvé mon angle d’attaque !

J’ai donc décidé d’estimer la consommation annuelle d’eau d’une personne, et de collecter l’équivalent en bouteilles plastiques vides.

Pour être crédible et toucher un maximum de monde, j’ai choisi de baser mes calculs sur une hypothèse basse, en considérant qu’une personne boit seulement 1 litre d’eau par jour. Ça nous donne donc une consommation annuelle de 365 litres d’eau pour 1 individu.

Comment j’ai fait pour collecter l’équivalent de 365 litres de bouteilles plastiques ?

Pour être réaliste, il fallait que je parvienne à collecter des bouteilles de toutes les tailles : 5L – 1,5L – 0,5L et 0,33cl… Et vu que je ne consomme plus du tout de bouteilles d’eau, j’ai dû mettre en place un dispositif spécial 🙂

Tout d’abord, j’ai découvert que certains concierges récupèrent les bouteilles de 5L jetées par les occupants de leur immeuble pour les revendre derrière à un Moul el Karossa. J’ai donc tout simplement acheté des bidons de 5L chez un concierge 🙂 (à 0,5 dh le bidon… j’ai sûrement payé plus cher que Moul el Karossa).

Pour les autres formats de bouteilles par contre, personne ne les collecte ! Je n’avais donc pas d’autre choix que de mettre à contribution mes amis, mes collègues et ma famille : je leur ai demandé de collecter pendant plus de 2 semaines toutes les bouteilles qui leur passaient sous la main 🙂

Grâce à ce dispositif voilà ce que j’ai réussi à collecter :

365 litres de bouteilles plastiques

365 litres de bouteilles plastiques

Sur cette photo, je porte sur mon dos 100 bouteilles de 33 cl, 50 bouteilles de 1/2L, 9 bouteilles d’1L, 15 bouteilles d’1,5L & 50 bidons de 5L : soit 365 litres d’eau et au total environ 12 Kg de plastique.

Ces 12 kg de bouteilles sont donc entièrement récupérés à droite et à gauche. Ce sont à 100% des déchets « interceptés » sur leur chemin vers la décharge 🙂

Et après mon talk au TEDx comment me débarrasser rationnellement de toutes ces bouteilles ?

Il est difficile de gérer rationnellement des déchets plastiques au Maroc, mais il existe une solution « moins pire » que de jeter ces déchets à la poubelle :

J’ai quitté le TEDx vers minuit environ avec mes 12 kg de plastique dans la voiture. La nuit, Casablanca est pleine de collecteurs de déchets qui se baladent avec leur Karossa et qui fouillent les bennes à ordures. Quand j’en ai croisé un au niveau du boulevard d’Anfa, je me suis arrêté et je lui ai proposé mes bidons et bouteilles :

Moi : « Salam a khouya. Bghiti had el 9ra3i ? 3andi 3arram”

Moul El Karossa : “Wakha…” (… d’un air perplexe, car il ne doit pas souvent croiser des « bourgeois » qui cherchent à se débarrasser de 12kg de plastique en plein milieu de la nuit 🙂 )

Moi : « Ach ghadi tdir bihoum ? 3andi badez d’5 itro ou 9ra3i »              

Moul El Karossa : « Ghadi n’traza9 bihoum a khouya »

Moi : “L’men ghadi t bi3houm? »

Moul El Karossa : « Mwaline ezzit ou ss7ab jemla tai chriw el badez, ou el 9ra3i d’itro ou noss el mwaline javel »   

[…Désolé, je n’ai pas de clavier en arabe pour retranscrire ces quelques mots comme il se doit…]

J’ai donc donné les bidons de 5L et les bouteilles d’1,5L à ce monsieur. Comme il me l’a expliqué, il revend les bidons de 5L à des grossistes ou à des revendeurs d’huile d’olive et les bouteilles d’1,5L aux revendeurs de Javel.

C’est malheureusement le seul circuit de collecte des déchets plastiques qui existe aujourd’hui à Casablanca ! Merci encore à tous les Moul El Karossa qui rendent un grand service à la société sans rien recevoir en retour, si ce n’est une absence quasi-totale de reconnaissance et beaucoup de mépris.

Par ailleurs, Moul El Karossa n’a pas voulu prendre les bouteilles d’1/2L et de 33 cl. Il m’a tout simplement dit que personne n’en voudrait…  Ces bouteilles sont encore dans mon coffre et la seule solution pour m’en débarrasser sera de les porter directement à la porte d’une usine de recyclage à Ain Sebaa ou à Bernoussi.

Conclusion : C’est vraiment pas facile de gérer rationnellement des déchets plastiques au Maroc ! Mieux vaut tout simplement éviter d’en consommer !

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Voyage au coeur de la décharge de Médiouna : une jungle aux portes de Casablanca

Que deviennent nos déchets après que le « camiou d’zbel » les ait embarqués ?

Pour savoir, rien de mieux que d’aller visiter une décharge ! Et pourquoi ne pas aller voir la plus grande décharge du Maroc, qui n’est qu’à 20 minutes en voiture du centre de Casablanca.

Je suis donc allé à la décharge de Médiouna… et je peux vous assurer qu’on en revient pas indemne !

Vous verrez, les photos sont parfois floues. C’est presque de la « caméra cachée » car on m’a averti que si les agents de sécurité me repéraient je risquais de me faire prendre mon appareil et de me faire jeter de la décharge avec peu de délicatesse 🙂 Mais bon, y’a quand même de quoi avoir un bon aperçu !

Fiche d’identité de la plus grande décharge du Maroc

ID Décharge Médiouna

Vu de l’extérieur, la décharge de Médiouna est une montagne de déchets qui s’élève à près de 10m au-dessus du sol et s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares. La décharge répand aussi une odeur infecte à plusieurs kilomètres à la ronde, je l’ai senti en voiture au moins 3 à 4 minutes avant d’arriver à la décharge.

L’organisation officielle de la décharge

Officiellement, la décharge est un espace dédié où les camions poubelles des entreprises de collecte de déchets ménagers viennent quotidiennement déverser leur cargaison. Tous les camions-poubelle sont pesés à leur entrée et à leur sortie de la décharge pour évaluer la quantité précise de déchets apportés.

Va et vient de camions-poubelle venant déverser leur cargaison

Va et vient de camions-poubelle venant déverser leur cargaison

Par ailleurs, l’entreprise de gestion de la décharge a des équipes et des machines (bulldozers, trucks…) pour entretenir la décharge, répartir et tasser les déchets, entretenir la piste d’accès des camions-poubelle, surveiller l’enceinte… Normalement, seuls les employés de cette entreprise et les chauffeurs de camion-poubelle ont le droit d’entrer dans la décharge.

Comme vous pouvez l’imaginer, ces règles officielles ne traduisent aucunement la réalité de l’organisation de la décharge de Médiouna. Ci-dessous un aperçu de la vie de cette grande décharge où finissent les déchets ménagers des casablancais.

Les lois informelles et le fonctionnement interne de la décharge de Médiouna

Je suis arrivé à la porte de la décharge de Médiouna en milieu de journée. N’ayant normalement pas le droit d’entrer et n’étant pas une « tête connue » des agents de sécurité, l’on m’a conseillé d’entrer en montant dans l’un des camions-poubelle qui venaient vider leur collecte de la matinée. J’en ai donc vite trouvé un qui m’a « pris en stop » pour me faire entrer et traverser les 500 à 600 mètres de piste boueuse qui mènent au cœur de la décharge, là où les ordures sont déversées.

Depuis le camion-poubelle qui m'a fait entrer, vue sur la piste qui mène vers le coeur de la décharge

Depuis le camion-poubelle qui m’a fait entrer, vue sur la piste qui mène vers le coeur de la décharge

Premier aperçu de la décharge depuis le camion-poubelle

Premier aperçu de la décharge depuis le camion-poubelle

Une fois arrivé, un « contact » qui travaille au sein de la décharge m’attendait pour me faire une petite visite guidée. Toutes les infos données ci-dessous sont donc issues des témoignages de mon « contact » et des personnes qu’il m’a présentées. Aucune info n’est vérifiée, ni vérifiable, car tout ce qui se passe dans la décharge est à 100% informel.

Avant d’entrer dans les détails, je dois vous présenter les différents corps de métiers présents au sein de la décharge :

  • Les collecteurs informels, appelés « Be3ara », sont les plus nombreux (plus de 300 personnes qui travaillent «au black»). Ils sont les fourmis ouvrières de la décharge, et les plus jeunes que j’ai vus n’avaient pas plus de 15 ans. Issus des douars alentours, mais aussi venus pour certains de villes éloignées telles que Khouribga ou Ben Hmed, ils sillonnent la décharge à la recherche de déchets qu’ils pourraient revendre pour gagner leur pain. La plupart revendent leur collecte directement au sein de la décharge.
Collecteurs à l'oeuvre au beau milieu des déchets

Collecteurs à l’oeuvre au beau milieu des déchets

  • Les conducteurs de charrettes, appelés tout simplement « Karroussa », sont des taxis internes. Pour 5 à 10 dhs, ils transportent les déchets des uns et des autres vers un « Moul el Mizane » ou vers un grossiste
Les charrettes : taxis internes de la décharge

Les charrettes : taxis internes de la décharge

  •  Les intermédiaires, appelés « Moul El Mizane », seraient une quinzaine environ. Ils ont chacun leur propre balance et achètent au poids les déchets collectés et triés par les « Be3ara ». Ensuite, ils revendent chaque type de déchet séparément à des grossistes, sous forme de ballots d’un mètre cube environ.
Les balances des "Moul el Mizane" qui servent à peser les déchets collectés par les "Be3ara"

Deux balances de « Moul el Mizane » qui servent à peser les déchets collectés par les « Be3ara »

  • Les grossistes, eux, seraient 4 ou 5 seulement au niveau de la décharge. Ils possèdent un ou plusieurs camions qu’ils chargent de déchets triés et empaquetés en ballots. Ils vendent ces déchets directement à des entreprises de recyclage qui ont leurs usines à Casablanca.
Photo de gauche : le camion d'un grossiste chargé et prêt à quitter la décharge ; Photo de droite : Des ballots de déchets triés et prêts à être embarqués dans un pick-up

Photo de gauche : le camion d’un grossiste chargé et prêt à quitter la décharge ; Photo de droite : Des ballots de déchets triés et prêts à être embarqués dans un pick-up

  • Le chauffeur de Bulldozer est en charge d’entretenir la décharge en aplanissant certaines zones pour dégager le passage, en repoussant les déchets çà et là quand ils dérangent…
  • Le Monsieur « Sicuriti », vêtu d’une casquette verte, est le chef de la décharge.  C’est lui qui attribue aux «Moul El Mizane » leurs places, qui aiguille les différents camions-poubelle vers tel ou tel coin de la décharge, etc. C’est en quelque sorte le chef d’orchestre de ce grand chaos organisé. Il a aussi des « indics » parmi les collecteurs qui l’aident à mieux gérer son « territoire ».

Comment tout ce beau monde travaille ? et quelles relations entretiennent ces différents acteurs entre eux?

Pour vous retracer toute l’organisation qui existe autour de notre zbel, il faut commencer au niveau des camions-poubelles. De fait, les chauffeurs de camions-poubelle, en tant que principale source d’approvisionnement de la décharge, ont un rôle crucial ! Il faut savoir qu’ils sont payés par les Moul El Mizane de la décharge pour venir vider le contenu de leur camion à côté d’eux. De la sorte, ils vident leur cargaison près de l’emplacement du Moul El Mizane le plus offrant, et les Be3ara qui travaillent pour lui ont donc un accès prioritaire aux déchets pour pouvoir y récupérer un maximum de « marchandises ».

A noter que les camions-poubelle n’ont pas tous la même valeur ! Les camions en provenance des quartiers riches (Anfa, Californie, l’Oasis ou encore le C.I.L) sont les plus prisés et se monnayent à prix d’or. Ils contiennent plus de bouteilles plastiques, plus de canettes, plus de conserves, plus de verre etc… et parfois même des surprises tombées par hasard dans la poubelle. A l’inverse, les camions des quartiers populaires sont moins appréciés, et des Be3ara m’ont même dit à leur sujet : « Hadouk m3adyin 3lina ! » 🙂 (Traduction : « Ceux-là [les quartiers populaires], ils nous malmènent ! »). Ils y passent plus de temps à fouiller pour un butin de moindre valeur…

Etant donné l’importance de la provenance des camions-poubelle, on peut aisément imaginer que les chauffeurs eux-mêmes doivent sûrement acheter auprès de « je-ne-sais-qui » leur affectation dans les quartiers riches… bref, sachez que vos poubelles s’achètent dès qu’elles passent la porte de votre maison.

Une fois que le camion-poubelle a livré sa cargaison au sein de la décharge, un autre circuit commence.

Les Be3ara se jettent littéralement sur les déchets avant même que le camion-poubelle ait fini de les déverser. Ils fouillent pendant une bonne heure chaque livraison, récupèrent dans un grand sac en plastique ce qui leur parait avoir une valeur, puis vont faire le tri un peu plus loin avant de revendre séparément chaque type de déchet à un Moul El Mizane. Selon différents témoignages, les Be3ara gagnent 50 à 200 Dh par jour « 3la 7assab ça dépend ».

Collecteurs triant les déchets fraichement déposés par les camions-poubelle

Collecteurs triant les déchets fraîchement déposés par les camions-poubelle

Moul El Mizane est quant à lui un intermédiaire. Le matin, il va voir son grossiste habituel et lui demande de lui prêter 20 000 à 30 000 Dhs avec lesquels il va racheter des déchets auprès des Be3ara. En fin de journée, le grossiste récupère sa cargaison en laissant une marge à Moul El Mizane pour rémunérer son travail.

Moul El Mizane doit également acheter quotidiennement sa place auprès d’un « responsable » (peut-être auprès de Monsieur « Sicuriti », mais je n’en suis pas sûr), et il doit payer chaque jour au moins 100 DH au chauffeur de Bulldozer pour qu’il dégage la voie aux camions-poubelle pour que ces derniers puissent venir décharger près de son Mizane.  Le Moul el Mizane le plus offrant a même le droit à ce que le Bulldozer fasse passer la route principale près de lui. A l’inverse, celui qui ne payerait pas assez s’expose aux représailles du Bulldozer, qui va tout bonnement l’encercler de monticules de déchets pour boucher le passage et le mettre sous « embargo » 🙂

Les Bulldozers ont donc un rôle important pour l’entretien de la décharge, mais aussi une position de force vis-à-vis des Moul El Mizane qui y travaillent sans autorisation. Par ailleurs, leur travail présente des risques car quand ils manœuvrent pour déplacer des déchets, les Be3ara ont tendance à les suivre de près pour récupérer les déchets mis à nu par le Bulldozer. Selon certains témoignages, des Be3ara auraient déjà été blessés très sévèrement par un Bulldozer, quand celui-ci fait marche arrière par exemple et qu’il manque de visibilité pour savoir qu’une personne est derrière lui…

Enfin comme évoqué plus haut, une fois qu’un Moul El Mizane a réussi à réunir une cargaison de déchets triés par catégories, les grossistes rachètent le tout, chargent les ballots de déchets dans leur camion ou leur pick-up et sortent de la décharge pour aller revendre les déchets à des entreprises de recyclage.

Bien entendu, les camions de grossistes sortent de la décharge par la porte principale au vu et au su de tous ceux qui s’y trouvent. Je suis d’ailleurs moi-même monté dans le camion d’un grossiste pour ressortir de la décharge de Médiouna, et il est sorti sans être pesé, ni contrôlé, ni rien du tout… Le business de tri et de collecte des déchets à Médiouna est à 100% informel alors qu’il rapporte un argent fou : Selon mes sources, un grossiste peut sortir jusqu’à 5 à 6 tonnes de déchets par jour, et en tirer près de 4000 Dhs de bénéfice net. Il pourrait donc gagner jusqu’à 120 000 Dhs par mois.

A titre d’exemple, un grossiste achète les bouteilles en plastique PET (eau minérale…) 750 Dhs/tonne au niveau de la décharge. Il revend ces bouteilles à 2 fois leur prix aux usines de recyclage, c’est à dire : 1 500 Dhs/tonne. Faites le calcul pour 6 tonnes… ça fait 4500 Dhs de bénéfice net.

Grossiste sortant de la décharge

Grossiste sortant de la décharge

Si l’on considère l’argent touché par les Be3ara + la marge des Moul El Mizane + bakchichs versés à droite et à gauche + la marge que gagnent les grossistes = on se rend vite compte qu’il s’agit de millions de dirhams qui tournent chaque mois au niveau de cette décharge. L’Etat ne percevant évidemment pas 1 centime d’impôt là-dessus.

La vidéo ci-dessous illustre en image l’organisation décrite plus haut :

Ce n’est pas tout…

On trouve aussi au sein de la décharge de Médiouna des maisons et des commerces.

Maisons habitées dans l'enceinte de la décharge

Maisons habitées dans l’enceinte de la décharge

Il y a par exemple des tentes en plastique sous-lesquelles sont organisés des cafés-restaurants qui vendent du thé, du café, des œufs et des sandwichs… Il faut bien que les centaines de personnes qui vivent sur la décharge se nourrissent !

On rencontre également du bétail au sein de la décharge ! Vu que l’Aid El Kebir est passé il y a pas longtemps, il n’y avait que quelques moutons, une dizaine de vaches, des mules et des chevaux. Mais l’on m’a affirmé qu’avant l’Aid ce sont des centaines de moutons qui s’engraissaient en mangeant les déchets de la décharge, pour être ensuite vendus dans d’autres villes, loin de Médiouna, pour éviter qu’on ne découvre leur provenance.

La tache noir au milieu de la photo... c'est une vache !!

La tache noir au milieu de la photo… c’est une vache !!

Quels sont les principales familles de déchets récupérées au niveau de la décharge de Médiouna ?

  • Les bouteilles plastiques en PET (Bouteilles d’eau minérale essentiellement)
  • Les autres types de bouteilles et bidons en PEHD blanc
  • Les autres types de bouteilles et bidons en PEHD coloré
  • Les films plastiques (cellophane etc…)
  • Les radios médicales
  • Le verre « blanc » (ou incolore)
  • Le verre coloré
  • Les cannettes et autres déchets en aluminium
  • Les boites de conserves et autres déchets de ferraille
  • Les autres métaux (cuivre essentiellement)
  • Les cartons

N.B : Quand j’ai posé la question pour savoir si on recyclait les sacs plastiques, voilà ce qu’on m’a répondu : « D’après toi, pourquoi tu en vois qui traînent partout ? Personne n’en veut ! S’ils avaient une valeur sur le marché du recyclage, ils seraient collectés ».

Que deviennent les déchets qui sont extraits de la décharge ?

En bout de chaîne  les entreprises qui rachètent les déchets collectés dans la décharge de Médiouna (ainsi que ceux collectés dans toutes les autres décharges du Maroc) les compactent, les lavent aussi parfois et en exporte la majeur partie.

  • Les plastiques PET (bouteilles d’eau minérale par exemple) sont exportés quasiment à 100% ;
  • Les autres types de plastiques sont parfois recyclés au Maroc même pour produire des articles de grande consommation (saut en plastique…) ;
  • Le carton est aussi en partie exporté et en partie vendu à nos entreprises nationales de papier-carton ;
  • Le verre également peut-être recyclé à Casablanca (une seule entreprise de recyclage de verre existe).

Avec l’évolution de la réglementation dans des pays tels que la Chine ou les pays de l’UE, il devient de plus en plus compliqué d’exporter nos déchets, et il sera bientôt indispensable de développer des filières industrielles adaptées au Maroc.

Que faut-il retenir de tout cela ? 

Nos déchets sont gérés de la pire manière qui soit : ils sont entreposés en périphérie de la ville dans une décharge à ciel ouvert qui n’est pas aux normes et qui pollue très certainement les nappes phréatiques, l’air et les sols alentours.

Par ailleurs, les seuls circuits de recyclage qui existent reposent sur le travail informel des collecteurs (en ville et dans la décharge). Ces gens travaillent « au noir », sans protections, s’exposent aux maladies et autres dangers pouvant émaner des ordures… et nombre d’entre eux sont des mineurs.

De plus, le tri et la collecte au niveau de la décharge sont la méthode la moins efficace pour optimiser le taux de recyclage. Au lieu de trier à la source, le tri n’a lieu qu’une fois que tous les déchets sont mélangés, sales, entassés, cassés etc… ce qui engendre un taux de déperdition non-négligeable.

Ce système de tri informel et inefficace engendre logiquement un manque à gagner colossale pour notre économie nationale : toutes les transactions se font « au noir », et les déchets représentent aujourd’hui un coût net alors qu’ils pourraient être une grande source de profit et de création d’emploi.

no comment...

No comment…

L’eau, le plastique et nous : un ménage à trois qui ne fonctionne pas très bien

Depuis que j’ai publié le premier article sur ce blog (The Zbel Diagnostic), je continue de peser et de lister mes déchets. En faisant cela, j’ai identifié un déchet bien particulier qui me tracasse : les bouteilles d’eau minérale. Chez moi on a bu et jeté en 2 semaines : 6 bouteilles en plastiques 1.5L, 4 bouteilles 50 cl, 1 bouteille 33 cl, 2 bidons d’eau de 5L !!

Le sujet a particulièrement commencé à me turlupiner le jour ou en réunion de travail on m’a servi une bouteille d’eau de 33 cl pour accompagner mon verre de thé… 33 cl d’eau, c’est 3 ou 4 gorgées seulement, et c’est servi dans un contenant qui mettra au moins 200 ans à se dégrader dans la nature… là je me suis dis qu’il y avait quelque chose qui ne tourne pas rond !!

J’ai donc cherché à savoir s’il nous est vraiment indispensable de générer des déchets plastiques à chaque fois qu’on se désaltère… ?

bouteilles formats

Pourquoi achète-t-on de l’eau en bouteille plastique ? 

J’ai interrogé mes proches : la principale raison pour laquelle on achète de l’eau en bouteille est que l’on pense que l’eau du robinet n’est pas saine. « La preuve, elle a mauvais goût » m’a-t-on répondu. On a donc peur des tuyauteries rouillées, des métaux lourds, du calcaire… et on part donc du postulat que l’eau en bouteille est bonne pour la santé.

On est d’ailleurs tellement persuadé de la qualité de l’eau en bouteille qu’on accepte de payer 1Litre d’eau en bouteille environ 294 fois plus cher que l’eau du robinet !! (j’ai calculé ça en comparant le prix au litre sur ma facture Lydec et le prix moyen au litre pour un bidon de 5L d’eau)

L’eau en bouteille est-elle vraiment bonne pour la santé ?

Plusieurs études ont été menées sur le sujet et ont attiré l’attention sur le fait que le plastique rejette dans l’eau des éléments toxiques qui agissent sur notre corps comme des hormones : les scientifiques appellent cela des « perturbateurs endocriniens ».

Selon les types de plastique, il peut s’agir de phtalates, de Bisphénol A, ou encore d’autres cochonneries qui peuvent être cancérigènes, ou même perturber le fonctionnement des organes reproducteurs chez l’homme (baisse de la fertilité…).

Dans le cadre d’une étude publiée dans la revue Environmental Science and Pollution Research, des scientifiques Allemands auraient tester 20 eaux en bouteilles plastiques de type PET (même plastique utilisé au Maroc pour nos eaux minérales), et auraient trouvé dans 12 d’entre elles une activité hormonale deux fois plus élevée que dans les eaux embouteillées dans du verre… Même si ça ne prouve pas le côté cancérigène ou nocif de la chose, ça peut pousser à reconsidérer nos a priori sur la pureté des eaux en bouteille qu’on achète au quotidien. 

Nb : le plastique des bouteilles d’eau n’est pas le seul ni le plus dangereux des plastiques : Faites attention à d’autres contenants alimentaires (biberons, film alimentaires, bouilloires…) contiennent souvent beaucoup plus de Bisphénol A par exemple et sont donc plus toxiques.

Quelles solutions alternatives ? 

L’eau en bouteilles de verre :

Certaines marques d’eau minérale vendent de l’eau embouteillée dans du verre… mais c’est vendu uniquement dans les restos. De plus, j’ai demandé dans un resto aujourd’hui, Sidi Ali ne récupère pas les bouteilles vides en consigne. C’est donc meilleur pour la santé, mais pas très écolo non plus au final.

L’eau du robinet :

Elle est certes moins chère , mais elle n’a pas très bon goût… J’ai réalisé un Blind Test avec 10 personnes, et le résultat est unanime : 9 personnes sur 10 préfèrent le goût des eaux minérales à celui de l’eau du robinet.

Pour ce qui est de sa qualité, j’avoue que je n’ai pas réussi à trouver des données sur le sujet : ni l’ONEP, ni la Lydec ne présentent sur le web d’analyse des composants de l’eau du robinet. Toutefois, la LYDEC affirme dans ses communiqués que « les analyses réalisées par Lydec chaque jour confirment la potabilité de l’eau et sa conformité aux normes sanitaires marocaines » (source : Blog Lydec)… Un jour j’enverrai un échantillon d’eau à l’Institut Pasteur pour le faire analyser et vérifier ça par moi-même.

carafes-filtrantesLes carafes filtrantes :

Les carafes font l’objet d’une polémique car les études se contredisent un peu… toutefois, voici un article intéressant pour ceux qui veulent en savoir plus : Carafes filtrantes : un danger pour la santé ? . En bref, si vous les utilisez, prenez une marque reconnue et respectez le timing de changement des filtres sinon vous êtes presque sûrs d’avoir une eau plus polluée que l’eau du robinet !

Quelles conclusions en tirer ?

Personnellement j’ai choisi l’eau du robinet, et je pense qu’on peut se passer des bouteilles en plastique.

L’eau du robinet est moins chère, plus écologique car elle ne nécessite ni la production industrielle d’un emballage en plastique à base de pétrole, ni le transport parfois sur plusieurs centaines de kilomètres : l’eau du robinet nécessite environ 1000 fois moins d’énergie pour être acheminée jusqu’à nos maisons, et elle évite de jeter chaque jour du plastique dans la nature dans un pays où il n’a y a pas de filière de recyclage généralisé !

Et pour ce qui est de son goût… j’ai bu de l’eau du « sidi bezbouz » toute mon enfance alors je suis sûr que je peux m’y faire !  🙂

Plages-Poubelles : Les déchets plastiques et leur impact sur les océans

Comme on a pu le constater ces derniers jours, nous les Marocains (et les autres êtres humains aussi) avons la fâcheuse habitude de jeter beaucoup de déchets sur les plages… sachets en plastique, bouteilles et leurs bouchons, mégots, boites de conserve etc.

Tout cela fini immanquablement dans l’océan. Les déchets les plus lourds vont s’entreposer sur les fonds marins et ceux qui flottent se font emporter par les courants, loin… très loin… et finissent par former de nouveaux « continents de plastique » au milieu des océans!

Combien de déchets plastiques jette-on dans les océans ?

Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) estime à 26 millions de tonnes par an la quantité de déchets plastiques jetés dans la mer au niveau mondial ! Pour noircir encore un peu plus le tableau, plusieurs études ont montré que la très grande majorité de ces déchets sont en réalité des « micro-déchets », des fragments de plastiques qui se sont effrités avec le temps et qui ne pèsent pas plus de 2 g en moyenne… Rien qu’en Méditerranée, on estime à 250 milliards le nombre de fragments de plastiques qui polluent la mer (source), et il va sans dire qu’il est quasiment impossible de ramasser des déchets aussi minuscules !

Pour l’anecdote, et de manière très poétique, ces micro-billes de plastique sont appelées « larmes de sirène »… Elles doivent être vraiment déprimées pour pleurer autant !

D’où viennent ces déchets ?

Certains bateaux déchargent bien sûr leurs poubelles au large, mais plus 80% des déchets plastiques retrouvés en mer proviennent des continents : des plages bien sûr, mais aussi et surtout des eaux usées déversées dans l’océan.

Les eaux usées transportent les petits déchets plastiques que nous jetons parfois dans nos toilettes (cotons-tiges…) dans l’évier de notre cuisine et dans le 9adouss quand on passe la serpillière  Elles charrient aussi tout plein de petits déchets jetés par terre dans les rues, qui finissent dans les égouts et sont jetés le plus souvent directement en mer sans passer par une station d’épuration.

Où vont ces déchets ? Les continents de plastiques existent-ils vraiment ?

Les « larmes de sirène » et autres déchets plastiques sont emportés par les grands courants marins, et se concentrent au beau milieu des océans sous l’effet des gyres océaniques (courants circulaires permanents situés à différents endroits du globe) et finissent par créer de nouveaux « continents de plastique ».

gyres océaniques

La plus grande concentration de déchets plastiques a été observée dans l’océan pacifique Nord, et est appelée « The Great Pacific Garbage Patch » (« la grande poubelle du Pacifique ») : sur une superficie de près de 3,4 millions de m², on trouve en moyenne plus de 330 000 fragments de plastique au km², sur une profondeur allant jusqu’à 30m ! (source : http://www.algalita.org/about-us/index.html)

dessous des carte - déchets

Les millions de tonnes de plastiques qui se retrouvent piégées dans les gyres océaniques mettent bien sûr en danger des centaines d’espèces marines et d’espèces d’oiseaux, qui avalent ces déchets plastiques.

Ci-dessous, la liste et la photo du contenu de l’estomac d’une tortue marine morte asphyxiée par les déchets (source : Surfrider Foundation) :

  • Contenu de l'estomac d'une tortueune semelle, des lunettes de natation,
  • des morceaux de caoutchouc et de plastique,
  • des boulettes de plastique, des épingles à nourrice,
  • des morceaux d’éponge synthétique,
  • des morceaux de filets en plastique, de bouteilles en plastique,
  • de nombreuses lanières en plastique, des morceaux de sachets en plastique
  • et une corde en polypropylène…

Et pour mieux illustrer ce phénomène en image, je vous invite à visionner les 2 vidéos suivantes :


Le Dessous des Cartes – Des îles de déchets ?

 

Plages-Poubelles : état des lieux après le 1er week-end de plage

Samedi 10 et dimanche 11 août, 35°C à l’ombre… C’est la ruée vers les plages!

Comme beaucoup de nos compatriotes je suis allé à la plage pour profiter de mon premier week-end post-ramadan. Sans surprise, voilà à quoi ressemblait la plage de Bouznika en milieu de journée :

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Étant mono-maniaque, j’ai bien sûr cherché à savoir ce qu’un plagiste pourrait bien faire des déchets qu’il produirait durant sa journée de plage… J’ai compté sur toute la baie nord pas plus de 4 poubelles, dont la moitié ne sont rien de plus que de vieux tarro d’zbel cassés visiblement posés là par des particuliers.

J’en conclu donc qu’aucun dispositif digne de ce nom de collecte des poubelles n’a été mis en place sur le sable de cette plage qui bénéficie pourtant, pour la 7ème année consécutive, du fameux eco-label Pavillon Bleu dont jouissent nos « plages propres » marocaines. Cherchez l’erreur…

 » L’obtention du ‘Pavillon Bleu’ est tributaire de la conformité de l’aménagement et de la gestion des plages avec des critères à respecter portant sur l’environnement général, la gestion de l’eau, la gestion des déchets et l’éducation à l’environnement. » Extrait du site web de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’Environnement

Pour rendre à César ce qui lui revient de droit (César étant en l’occurrence la commune de Bouznika), je dois reconnaître que quelques bennes à ordures existent au niveau de la route goudronnée qui longe la plage, mais ces bennes suffiraient à peine à contenir les poubelles des « cabanons » situés en front de mer…

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Poussé par la curiosité, j’ai décidé de rester sur la plage jusqu’au départ de mes amis plagistes… Juste pour voir à quoi ressemblerait cette belle baie après une journée de forte affluence. Voilà le résultat :

Certains plagistes ont décidé de laisser des traces de leur passage:

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D’autres plus « consciencieux » ont ramassé leurs déchets dans un plastique avant de les léguer à mère nature… Ceux là nous ont même laissé un indice : ils étaient 4 ! (Cf les gobelets)

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Il y a ceux qui ont eu la flemme d’aller jusqu’à la poubelle… À 5 mètres près c’était bon…

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Et enfin ceux qui ont fait preuve du plus de civisme ont pu jeter leurs déchets dans les rares poubelles disponibles… Malheureusement là l’Etat est défaillant car les poubelles sont sous-dimensionnées par rapport au besoin des plagistes!

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Bref… Avec tout ça voilà à quoi ressemble un magnifique coucher de soleil sur l’une des plages les plus propres du Maroc :

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Les plages-poubelles : 1er dossier thématique

Fini le Ramadan, bonjour les vacances !!

Pendant tout le mois de juillet nos plages étaient toutes propres, et toutes vides aussi parce que les Marocains boudent l’océan pendant le mois sacré. Maintenant que Ramadan est fini tout le monde retrouve les joies de la mer, les plaisirs des pic-nics sur le sable et le bonheur de manger des Binichô, des Polo et des Gervais-la-glace !

Si c’est un vrai plaisir de voir nos plages animées, il n’en est pas moins désolant de constater que nos amis plagistes ont la fâcheuse habitude d’abandonner sur place les restes des leurs pic-nics, les canettes et bouteilles qu’ils ont bu, les sachets plastiques, et parfois même des déchets plus insolites comme les couches du petit dernier de la famille qui a pourtant couru les fesses à l’air toute la journée au bord de l’eau…

Face a ce constat je pense que la thématique « plages-poubelles » mérite d’être creusée. Je vais donc en faire notre premier dossier thématique et publier une série d’articles sur le sujet pour explorer les comportements de nos concitoyens, les impacts locaux et planétaire des déchets que l’on déverse dans la mer, ou encore les moyens de réduire notre impact collectif et individuel.

Commençons par le commencement : The Zbel Diagnostic

Zero Zbel Xperience débute à peine et je me demande par où commencer.

Des déchets j’en produit plein et de toutes sortes : des épluchures de légumes, des restes de plats oubliés au frigo, des sachets plastiques, du papier, des emballages, des bouteilles en plastique, une tondeuse à barbe en panne et j’en passe… La liste est longue, et les batailles à mener sont nombreuses ! 🙂

Au boulot j’ai souvent entendu les « grands maîtres » de la stratégie d’entreprise répéter qu’ « on ne gère bien que ce que l’on mesure ». Je vais donc leur faire confiance et commencer par mesurer la quantité de déchets que je produis ! C’est ce que j’appelle The Zbel Diagnostic.

Je vais peser mes déchets, et tenir à jour une comptabilité des quantités de déchets de chaque type :

  • Emballages papier/carton
  • Emballages plastiques
  • Autres déchets papier
  • Autres déchets plastiques
  • Verre
  • Déchets organiques de cuisine
  • … et toutes autres catégories que je découvrirai au fur et à mesure …

Pour cela, je me suis tout simplement équipé d’une balance pour peser tout ce qui est destiné à finir dans ma poubelle.

Pour être honnête à 100%, je vais aussi faire le bilan de tous les objets qui sont entreposés chez moi et dont je ne me suis pas servi depuis plus d’un an. Je vais donc considérer que tous ces objets me sont inutiles et que je dois m’en débarrasser d’une manière ou d’une autre même s’ils ne sont pas à proprement parler destinés à finir à court terme dans ma poubelle.

… The Zbel Diagnostic is on ! … Affaire à suivre…