Affiche Final Results

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The Final Zbel Diagnostic : comment ça marche ?

Tout comme je l’ai fait en août dernier au début de Zero Zbel Xperience, je pèse à nouveau et comptabilise tous mes déchets depuis le 1er décembre pour réaliser The Final Zbel Diagnostic et savoir précisément de combien j’ai réussi à réduire mes déchets.

Ceci est donc un petit billet rapide pour rappeler comment je procède pour évaluer ma production de déchets 🙂

Je procède de la même manière que pour le Zbel Diagnostic de départ :

– Pour les déchets qui passent par ma poubelle « à la maison », je pèse tout simplement les ordures que je génère, avec ma petite balance de cuisine (que je vous ai déjà présenté dans mon « Harraga Bag« ). Bien sûr, je pèse séparément chaque type de déchet (papier, verre, déchets organiques…).

– Pour les déchets que je génère hors de chez moi, c’est-à-dire les déchets de cuisine des repas que je prend à l’extérieur (restaurant, repas de midi au travail…), je comptabilise un poids forfaitaire de déchets : 150g de déchets organiques par repas (épluchures de légumeś, os…); et 20g de déchets non-organiques divers. Ces 20g prennent en compte les déchets liés aux portions d’emballages alimentaires, de contenants de produit-vaisselle ou autres déchets divers qui peuvent être utilisés en cuisine pour préparer mon repas, laver mes couverts etc. (je n’y inclut pas les éventuelles bouteilles, pailles etc. consommées à table). Pour déterminer ces poids forfaitaires, je me suis basé sur des études réalisées en France sur les déchets dans le domaine de la restauration.

n.b.: dans mon Zbel Diagnostic du mois d’août je n’avais pas pris en compte les 20g de déchets divers (je n’y avais tout simplement pas pensé…). Ça veut donc dire que je pourrais ajouter un peu plus de 400g aux 15kg de zbel que j’avais compté en août si je veux coller encore mieux à la réalité.

Une fois que j’ai comptabilisé tous mes déchets, je rajoute 10% à mon résultat global pour compenser les éventuels déchets que j’aurais pu oublier. En augmentant ainsi mon total global, je limite la marge d’erreur dans mes calculs et je suis sûr de ne pas être en-dessous de la réalité.

J’aurais bien aimé vous dire que, comme au mois d’août, je note tous mes déchets dans mon petit carnet… mais la réalité c’est que cette fois-ci j’ai un tableau Excel avec des graphs etc… personne n’est parfait 😉

Et pour les résultats finaux de Zero Zbel Xperience… Je vous donne rendez-vous le 1er janvier 🙂

Plastique, Bio-plastique, Plastique biodégradable… Appelons un chat, un chat !

Comme vous pouvez l’imaginer, il m’arrive souvent de débattre de sujets liés à l’écologie, l’environnement… et bien souvent, quand on aborde la question des sacs plastiques, on me répond « Oui mais si j’utilise un sac plastique biodégradable, y’a pas de problème ! »…

Eh bien non… Y’a encore un problème. Plusieurs problèmes même 🙂

Commençons par nous mettre d’accord sur certaines définitions

Définition de « biodégradable » : « Substance qui peut, sous l’action d’organismes vivants (bactéries) se décomposer en éléments divers sans effet nuisible pour l’environnement. La biodégradabilité s’apprécie en prenant en compte à la fois le degré de décomposition d’une substance et le temps nécessaire pour obtenir cette décomposition. » (Définition DGCCRF, France)

Selon cette définition par exemple, un plastique biodégradable devrait donc en théorie disparaitre complètement dans la nature et ne plus laisser de traces de polymères synthétiques (matière plastique). Aussi, les règlementations de différents pays imposent que le plastique se dégrade complètement dans une période de 3 à 6 mois maximum.

Il y a 2 types de plastiques dits « biodégradables » : les « plastiques oxo-biodégradables »  et les « bioplastiques ».

Le « plastique oxo-biodégradable » (ou fragmentable) est fabriqué à base de polymères synthétiques auxquels on ajoute des additifs spéciaux (sels minéraux…) qui fragilisent le plastique et font qu’il se fragmentera plus vite.  On l’appelle donc aussi plastique « fragmentable », et les conséquences de cette fragmentation sont doubles :

–          D’une part le plastique ne se biodégrade, il se brise en micro-fragments qui se dispersent dans la nature et ne sont simplement pas visibles à l’œil nu. Ces micro-fragments pourraient se biodégrader à terme, mais uniquement sur un temps très long et dans des conditions de chaleur, d’humidité et de concentration de micro-organismes très spécifiques. Il y a donc un très fort risque de voir des micro-fragments qui polluent la nature pendant longtemps, et qui sont impossibles à collecter si l’on souhaite un jour nettoyer.

–          D’autre part, le plastique oxo-biodégradable étant fragilisé, il n’est plus recyclable ! L’action des additifs fragilisant la matière ne s’arrêtera tout simplement pas au moment du recyclage, et risque de fragiliser aussi les produits à base de plastique recyclé.

ATTENTION : En France, il est interdit d’utiliser le terme « biodégradable » pour parler des plastiques fragmentables ! La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) considère que l’usage du mot « biodégradable » pour un plastique fragmentable est une tromperie aux consommateurs. (cf Norme NF EN 13 432:2000)

 Le « bioplastique » ou « plastique compostable » est un plastique produit en partie avec une résine à base d’amidon de maïs ou à base de canne à sucre. Les produits à base de ce type de plastique portent généralement la mention « compostable ». En réalité, ce plastique n’est pas compostable dans un compost individuel car la température y est trop basse. Seul un composteur de grande taille peut servir, comme un composteur municipal ou celui d’une usine de compostage.

Au vu de ces 2 définitions, et si on compare avec les plastiques «conventionnels », on peut synthétiser comme suit les impacts environnementaux des différents plastiques au Maroc :

Impacts des sacs plastiques

En bref, vu qu’au Maroc nous n’avons ni la collecte sélective des sacs plastiques, ni les infrastructures de compostage ou de recyclage nécessaires, tous les types de plastique ont le même type d’impact : ils mettront de très nombreuses années à se dégrader et ils risquent fort de finir éparpillés à travers nos campagnes ou dans la mer.

J’ai sincèrement du mal à vous dire si le pire serait le plastique oxo-biodégradable qui se fragmente et devient invisible et impossible à collecter, ou plutôt le plastique conventionnel qui restera visible pendant quelques dizaines ou centaines d’années et qui sera dans tous les cas très difficile à collecter… Ces deux types d’impact sont affligeants, graves et à éviter !

Que dit la législation marocaine à propos des sacs plastiques ?

La production de sacs plastiques au Maroc est règlementée par la loi 22-10 du 16 juillet 2010.

Cette loi interdit la production de sacs non-dégradables et non-biodégradables :

« Il est interdit, dans les conditions fixées ci-dessous, la fabrication pour le marché local des sacs et sachets en plastique non dégradable ou non biodégradable. Est également interdit leur importation, leur détention en vue de la vente, leur mise en vente, leur vente ou distribution à titre gratuit. »

De plus, un arrêté conjoint des ministères de l’Industrie et de l’Environnement indique que « les sacs et sachets dégradables doivent être transparents ou de couleur blanche ».

Comment est appliquée cette loi ?

Tout d’abord, il faut savoir que les sacs plastiques au Maroc dont majoritairement issus d’unité de production informelle et ne respectant aucune règle. En gros seuls les sacs plastiques de certaines grandes surfaces et grands magasins sont conformes à la loi.

Concernant les sacs produits légalement et dans le respect de la loi, j’ai pu rencontrer un industriel producteur de plastique à Casablanca qui m’a expliqué comment il s’est adapté à la loi 22-10 : il a gardé la même matière première synthétique, et y a ajouté « 2 cuillères de poudre » pour que le sac plastique final devienne plus fragile et fragmentable (ou « oxo-biodégrable »)… et pour faire face à l’interdiction du plastique noir, ils ont apparemment simplement changé de colorant pour avoir des sacs blancs… No Comment ! Et ces pratiques sont légales en plus.

En clair, au lieu de protéger l’environnement, et les citoyens par la même occasion, la loi marocaine a poussé nos industriels à produire des plastiques qui vont se disperser dans la nature en milliers de petits morceaux et qui ne sont définitivement pas recyclables.

A mon avis, nos dirigeants doivent rattraper rapidement cette erreur et interdire une bonne fois pour toute la production et l’usage des sacs plastiques. Beaucoup de pays africains l’ont déjà fait avec succès : le Rwanda, la Mauritanie, le Burkina Fasso, la Côte d’Ivoire… alors pourquoi pas le Maroc ?!

Lien vers le texte de la loi 22-10 :
http://www.minenv.gov.ma/PDFs/pollution/sacenplastique.pdf
Quelques sources qui m’ont servi à écrire cet article :
http://vieenvert.telequebec.tv/sujets/578
http://www.notre-planete.info/actualites/actu_2834_plastiques_degradables.php
http://mobile.leconomiste.com/article/913768-sachets-en-plastique-comment-les-op-rateurs-ont-d-tourn-la-loi

Eau en bouteille & déchets plastiques : du TEDx Casa à Moul El Karossa

Jeudi dernier j’ai eu le plaisir de monter sur les planches du TEDx Casablanca pour essayer de convaincre quelques 400 personnes de réduire leur production de déchets.

Je voulais profiter de l’occasion pour imprimer dans la tête des gens une image marquante, et leur permettre de prendre la mesure de notre production de déchets au quotidien. Après moult idées foireuses, j’en ai eu une qui m’est apparue un peu moins obscure que les autres… du moins c’est ce que je croyais :). Je me suis dit :

« Il y a un geste vital que l’on fait TOUS : boire de l’eau. Beaucoup de gens préfèrent boire de l’eau minérale car ils considèrent que c’est sain et bon pour la santé, or cette eau est vendue dans du plastique…  et donc génère des déchets plastiques ». J’avais trouvé mon angle d’attaque !

J’ai donc décidé d’estimer la consommation annuelle d’eau d’une personne, et de collecter l’équivalent en bouteilles plastiques vides.

Pour être crédible et toucher un maximum de monde, j’ai choisi de baser mes calculs sur une hypothèse basse, en considérant qu’une personne boit seulement 1 litre d’eau par jour. Ça nous donne donc une consommation annuelle de 365 litres d’eau pour 1 individu.

Comment j’ai fait pour collecter l’équivalent de 365 litres de bouteilles plastiques ?

Pour être réaliste, il fallait que je parvienne à collecter des bouteilles de toutes les tailles : 5L – 1,5L – 0,5L et 0,33cl… Et vu que je ne consomme plus du tout de bouteilles d’eau, j’ai dû mettre en place un dispositif spécial 🙂

Tout d’abord, j’ai découvert que certains concierges récupèrent les bouteilles de 5L jetées par les occupants de leur immeuble pour les revendre derrière à un Moul el Karossa. J’ai donc tout simplement acheté des bidons de 5L chez un concierge 🙂 (à 0,5 dh le bidon… j’ai sûrement payé plus cher que Moul el Karossa).

Pour les autres formats de bouteilles par contre, personne ne les collecte ! Je n’avais donc pas d’autre choix que de mettre à contribution mes amis, mes collègues et ma famille : je leur ai demandé de collecter pendant plus de 2 semaines toutes les bouteilles qui leur passaient sous la main 🙂

Grâce à ce dispositif voilà ce que j’ai réussi à collecter :

365 litres de bouteilles plastiques

365 litres de bouteilles plastiques

Sur cette photo, je porte sur mon dos 100 bouteilles de 33 cl, 50 bouteilles de 1/2L, 9 bouteilles d’1L, 15 bouteilles d’1,5L & 50 bidons de 5L : soit 365 litres d’eau et au total environ 12 Kg de plastique.

Ces 12 kg de bouteilles sont donc entièrement récupérés à droite et à gauche. Ce sont à 100% des déchets « interceptés » sur leur chemin vers la décharge 🙂

Et après mon talk au TEDx comment me débarrasser rationnellement de toutes ces bouteilles ?

Il est difficile de gérer rationnellement des déchets plastiques au Maroc, mais il existe une solution « moins pire » que de jeter ces déchets à la poubelle :

J’ai quitté le TEDx vers minuit environ avec mes 12 kg de plastique dans la voiture. La nuit, Casablanca est pleine de collecteurs de déchets qui se baladent avec leur Karossa et qui fouillent les bennes à ordures. Quand j’en ai croisé un au niveau du boulevard d’Anfa, je me suis arrêté et je lui ai proposé mes bidons et bouteilles :

Moi : « Salam a khouya. Bghiti had el 9ra3i ? 3andi 3arram”

Moul El Karossa : “Wakha…” (… d’un air perplexe, car il ne doit pas souvent croiser des « bourgeois » qui cherchent à se débarrasser de 12kg de plastique en plein milieu de la nuit 🙂 )

Moi : « Ach ghadi tdir bihoum ? 3andi badez d’5 itro ou 9ra3i »              

Moul El Karossa : « Ghadi n’traza9 bihoum a khouya »

Moi : “L’men ghadi t bi3houm? »

Moul El Karossa : « Mwaline ezzit ou ss7ab jemla tai chriw el badez, ou el 9ra3i d’itro ou noss el mwaline javel »   

[…Désolé, je n’ai pas de clavier en arabe pour retranscrire ces quelques mots comme il se doit…]

J’ai donc donné les bidons de 5L et les bouteilles d’1,5L à ce monsieur. Comme il me l’a expliqué, il revend les bidons de 5L à des grossistes ou à des revendeurs d’huile d’olive et les bouteilles d’1,5L aux revendeurs de Javel.

C’est malheureusement le seul circuit de collecte des déchets plastiques qui existe aujourd’hui à Casablanca ! Merci encore à tous les Moul El Karossa qui rendent un grand service à la société sans rien recevoir en retour, si ce n’est une absence quasi-totale de reconnaissance et beaucoup de mépris.

Par ailleurs, Moul El Karossa n’a pas voulu prendre les bouteilles d’1/2L et de 33 cl. Il m’a tout simplement dit que personne n’en voudrait…  Ces bouteilles sont encore dans mon coffre et la seule solution pour m’en débarrasser sera de les porter directement à la porte d’une usine de recyclage à Ain Sebaa ou à Bernoussi.

Conclusion : C’est vraiment pas facile de gérer rationnellement des déchets plastiques au Maroc ! Mieux vaut tout simplement éviter d’en consommer !

Le savon fait-maison : c’est bon!!

Rappelez-vous, il y a un mois j’ai joué à l’apprenti chimiste en fabriquant mes propres savons home made 🙂 Aujourd’hui, je les ai enfin testés pour voir s’ils sont utilisables…

Bonne nouvelle ! Après une période de cure de 4 semaines pour le savon d’Alep et de 5 semaines pour le savon au beurre de karité & huile d’olive, je peux l’annoncer : Mes savons faits-maison sont bons !!

D’abord, j’ai fait le test au papier pH :
1/ J’ai humidifié les 2 savons et collé sur chacun un bout de papier pH pour l’imbiber;
2/ Les petits papiers pH sont devenus verts, indiquant pour les 2 savons un pH de 9.

Comme indiqué dans mon article « le savon home-made: petit complément d’information » , le pH d’un savon doit se trouver entre 7 et 10,5 pour être bon… Donc pas de soucis mes 2 savons sont bons pour la peau ! 🙂

Sur la photo ci-dessous, le savon d’Alep est celui qui est un peu marron. C’est dû aux feuilles de laurier que j’avais mis au fond des moules et qui ont aromatisé le savon. Ces feuilles ont aussi laissé leur empreinte et mes savons d’Alep ont tous de belles formes de feuilles de laurier incrustées.

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Et pour vous prouver par l’expérience que ce truc que j’ai fabriqué est bien du savon, voici ci-dessous des photos de mes mains pleines de bu-bulles … Les savons fait maison, ça mousse !! 😉

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Et voilà le travail! Maintenant j’en ai pour plusieurs mois de savon… à condition que je ne me fasse pas dévaliser par tous mes amis qui veulent que je leur offre mes savons magiques 🙂

Voyage au coeur de la décharge de Médiouna : une jungle aux portes de Casablanca

Que deviennent nos déchets après que le « camiou d’zbel » les ait embarqués ?

Pour savoir, rien de mieux que d’aller visiter une décharge ! Et pourquoi ne pas aller voir la plus grande décharge du Maroc, qui n’est qu’à 20 minutes en voiture du centre de Casablanca.

Je suis donc allé à la décharge de Médiouna… et je peux vous assurer qu’on en revient pas indemne !

Vous verrez, les photos sont parfois floues. C’est presque de la « caméra cachée » car on m’a averti que si les agents de sécurité me repéraient je risquais de me faire prendre mon appareil et de me faire jeter de la décharge avec peu de délicatesse 🙂 Mais bon, y’a quand même de quoi avoir un bon aperçu !

Fiche d’identité de la plus grande décharge du Maroc

ID Décharge Médiouna

Vu de l’extérieur, la décharge de Médiouna est une montagne de déchets qui s’élève à près de 10m au-dessus du sol et s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares. La décharge répand aussi une odeur infecte à plusieurs kilomètres à la ronde, je l’ai senti en voiture au moins 3 à 4 minutes avant d’arriver à la décharge.

L’organisation officielle de la décharge

Officiellement, la décharge est un espace dédié où les camions poubelles des entreprises de collecte de déchets ménagers viennent quotidiennement déverser leur cargaison. Tous les camions-poubelle sont pesés à leur entrée et à leur sortie de la décharge pour évaluer la quantité précise de déchets apportés.

Va et vient de camions-poubelle venant déverser leur cargaison

Va et vient de camions-poubelle venant déverser leur cargaison

Par ailleurs, l’entreprise de gestion de la décharge a des équipes et des machines (bulldozers, trucks…) pour entretenir la décharge, répartir et tasser les déchets, entretenir la piste d’accès des camions-poubelle, surveiller l’enceinte… Normalement, seuls les employés de cette entreprise et les chauffeurs de camion-poubelle ont le droit d’entrer dans la décharge.

Comme vous pouvez l’imaginer, ces règles officielles ne traduisent aucunement la réalité de l’organisation de la décharge de Médiouna. Ci-dessous un aperçu de la vie de cette grande décharge où finissent les déchets ménagers des casablancais.

Les lois informelles et le fonctionnement interne de la décharge de Médiouna

Je suis arrivé à la porte de la décharge de Médiouna en milieu de journée. N’ayant normalement pas le droit d’entrer et n’étant pas une « tête connue » des agents de sécurité, l’on m’a conseillé d’entrer en montant dans l’un des camions-poubelle qui venaient vider leur collecte de la matinée. J’en ai donc vite trouvé un qui m’a « pris en stop » pour me faire entrer et traverser les 500 à 600 mètres de piste boueuse qui mènent au cœur de la décharge, là où les ordures sont déversées.

Depuis le camion-poubelle qui m'a fait entrer, vue sur la piste qui mène vers le coeur de la décharge

Depuis le camion-poubelle qui m’a fait entrer, vue sur la piste qui mène vers le coeur de la décharge

Premier aperçu de la décharge depuis le camion-poubelle

Premier aperçu de la décharge depuis le camion-poubelle

Une fois arrivé, un « contact » qui travaille au sein de la décharge m’attendait pour me faire une petite visite guidée. Toutes les infos données ci-dessous sont donc issues des témoignages de mon « contact » et des personnes qu’il m’a présentées. Aucune info n’est vérifiée, ni vérifiable, car tout ce qui se passe dans la décharge est à 100% informel.

Avant d’entrer dans les détails, je dois vous présenter les différents corps de métiers présents au sein de la décharge :

  • Les collecteurs informels, appelés « Be3ara », sont les plus nombreux (plus de 300 personnes qui travaillent «au black»). Ils sont les fourmis ouvrières de la décharge, et les plus jeunes que j’ai vus n’avaient pas plus de 15 ans. Issus des douars alentours, mais aussi venus pour certains de villes éloignées telles que Khouribga ou Ben Hmed, ils sillonnent la décharge à la recherche de déchets qu’ils pourraient revendre pour gagner leur pain. La plupart revendent leur collecte directement au sein de la décharge.
Collecteurs à l'oeuvre au beau milieu des déchets

Collecteurs à l’oeuvre au beau milieu des déchets

  • Les conducteurs de charrettes, appelés tout simplement « Karroussa », sont des taxis internes. Pour 5 à 10 dhs, ils transportent les déchets des uns et des autres vers un « Moul el Mizane » ou vers un grossiste
Les charrettes : taxis internes de la décharge

Les charrettes : taxis internes de la décharge

  •  Les intermédiaires, appelés « Moul El Mizane », seraient une quinzaine environ. Ils ont chacun leur propre balance et achètent au poids les déchets collectés et triés par les « Be3ara ». Ensuite, ils revendent chaque type de déchet séparément à des grossistes, sous forme de ballots d’un mètre cube environ.
Les balances des "Moul el Mizane" qui servent à peser les déchets collectés par les "Be3ara"

Deux balances de « Moul el Mizane » qui servent à peser les déchets collectés par les « Be3ara »

  • Les grossistes, eux, seraient 4 ou 5 seulement au niveau de la décharge. Ils possèdent un ou plusieurs camions qu’ils chargent de déchets triés et empaquetés en ballots. Ils vendent ces déchets directement à des entreprises de recyclage qui ont leurs usines à Casablanca.
Photo de gauche : le camion d'un grossiste chargé et prêt à quitter la décharge ; Photo de droite : Des ballots de déchets triés et prêts à être embarqués dans un pick-up

Photo de gauche : le camion d’un grossiste chargé et prêt à quitter la décharge ; Photo de droite : Des ballots de déchets triés et prêts à être embarqués dans un pick-up

  • Le chauffeur de Bulldozer est en charge d’entretenir la décharge en aplanissant certaines zones pour dégager le passage, en repoussant les déchets çà et là quand ils dérangent…
  • Le Monsieur « Sicuriti », vêtu d’une casquette verte, est le chef de la décharge.  C’est lui qui attribue aux «Moul El Mizane » leurs places, qui aiguille les différents camions-poubelle vers tel ou tel coin de la décharge, etc. C’est en quelque sorte le chef d’orchestre de ce grand chaos organisé. Il a aussi des « indics » parmi les collecteurs qui l’aident à mieux gérer son « territoire ».

Comment tout ce beau monde travaille ? et quelles relations entretiennent ces différents acteurs entre eux?

Pour vous retracer toute l’organisation qui existe autour de notre zbel, il faut commencer au niveau des camions-poubelles. De fait, les chauffeurs de camions-poubelle, en tant que principale source d’approvisionnement de la décharge, ont un rôle crucial ! Il faut savoir qu’ils sont payés par les Moul El Mizane de la décharge pour venir vider le contenu de leur camion à côté d’eux. De la sorte, ils vident leur cargaison près de l’emplacement du Moul El Mizane le plus offrant, et les Be3ara qui travaillent pour lui ont donc un accès prioritaire aux déchets pour pouvoir y récupérer un maximum de « marchandises ».

A noter que les camions-poubelle n’ont pas tous la même valeur ! Les camions en provenance des quartiers riches (Anfa, Californie, l’Oasis ou encore le C.I.L) sont les plus prisés et se monnayent à prix d’or. Ils contiennent plus de bouteilles plastiques, plus de canettes, plus de conserves, plus de verre etc… et parfois même des surprises tombées par hasard dans la poubelle. A l’inverse, les camions des quartiers populaires sont moins appréciés, et des Be3ara m’ont même dit à leur sujet : « Hadouk m3adyin 3lina ! » 🙂 (Traduction : « Ceux-là [les quartiers populaires], ils nous malmènent ! »). Ils y passent plus de temps à fouiller pour un butin de moindre valeur…

Etant donné l’importance de la provenance des camions-poubelle, on peut aisément imaginer que les chauffeurs eux-mêmes doivent sûrement acheter auprès de « je-ne-sais-qui » leur affectation dans les quartiers riches… bref, sachez que vos poubelles s’achètent dès qu’elles passent la porte de votre maison.

Une fois que le camion-poubelle a livré sa cargaison au sein de la décharge, un autre circuit commence.

Les Be3ara se jettent littéralement sur les déchets avant même que le camion-poubelle ait fini de les déverser. Ils fouillent pendant une bonne heure chaque livraison, récupèrent dans un grand sac en plastique ce qui leur parait avoir une valeur, puis vont faire le tri un peu plus loin avant de revendre séparément chaque type de déchet à un Moul El Mizane. Selon différents témoignages, les Be3ara gagnent 50 à 200 Dh par jour « 3la 7assab ça dépend ».

Collecteurs triant les déchets fraichement déposés par les camions-poubelle

Collecteurs triant les déchets fraîchement déposés par les camions-poubelle

Moul El Mizane est quant à lui un intermédiaire. Le matin, il va voir son grossiste habituel et lui demande de lui prêter 20 000 à 30 000 Dhs avec lesquels il va racheter des déchets auprès des Be3ara. En fin de journée, le grossiste récupère sa cargaison en laissant une marge à Moul El Mizane pour rémunérer son travail.

Moul El Mizane doit également acheter quotidiennement sa place auprès d’un « responsable » (peut-être auprès de Monsieur « Sicuriti », mais je n’en suis pas sûr), et il doit payer chaque jour au moins 100 DH au chauffeur de Bulldozer pour qu’il dégage la voie aux camions-poubelle pour que ces derniers puissent venir décharger près de son Mizane.  Le Moul el Mizane le plus offrant a même le droit à ce que le Bulldozer fasse passer la route principale près de lui. A l’inverse, celui qui ne payerait pas assez s’expose aux représailles du Bulldozer, qui va tout bonnement l’encercler de monticules de déchets pour boucher le passage et le mettre sous « embargo » 🙂

Les Bulldozers ont donc un rôle important pour l’entretien de la décharge, mais aussi une position de force vis-à-vis des Moul El Mizane qui y travaillent sans autorisation. Par ailleurs, leur travail présente des risques car quand ils manœuvrent pour déplacer des déchets, les Be3ara ont tendance à les suivre de près pour récupérer les déchets mis à nu par le Bulldozer. Selon certains témoignages, des Be3ara auraient déjà été blessés très sévèrement par un Bulldozer, quand celui-ci fait marche arrière par exemple et qu’il manque de visibilité pour savoir qu’une personne est derrière lui…

Enfin comme évoqué plus haut, une fois qu’un Moul El Mizane a réussi à réunir une cargaison de déchets triés par catégories, les grossistes rachètent le tout, chargent les ballots de déchets dans leur camion ou leur pick-up et sortent de la décharge pour aller revendre les déchets à des entreprises de recyclage.

Bien entendu, les camions de grossistes sortent de la décharge par la porte principale au vu et au su de tous ceux qui s’y trouvent. Je suis d’ailleurs moi-même monté dans le camion d’un grossiste pour ressortir de la décharge de Médiouna, et il est sorti sans être pesé, ni contrôlé, ni rien du tout… Le business de tri et de collecte des déchets à Médiouna est à 100% informel alors qu’il rapporte un argent fou : Selon mes sources, un grossiste peut sortir jusqu’à 5 à 6 tonnes de déchets par jour, et en tirer près de 4000 Dhs de bénéfice net. Il pourrait donc gagner jusqu’à 120 000 Dhs par mois.

A titre d’exemple, un grossiste achète les bouteilles en plastique PET (eau minérale…) 750 Dhs/tonne au niveau de la décharge. Il revend ces bouteilles à 2 fois leur prix aux usines de recyclage, c’est à dire : 1 500 Dhs/tonne. Faites le calcul pour 6 tonnes… ça fait 4500 Dhs de bénéfice net.

Grossiste sortant de la décharge

Grossiste sortant de la décharge

Si l’on considère l’argent touché par les Be3ara + la marge des Moul El Mizane + bakchichs versés à droite et à gauche + la marge que gagnent les grossistes = on se rend vite compte qu’il s’agit de millions de dirhams qui tournent chaque mois au niveau de cette décharge. L’Etat ne percevant évidemment pas 1 centime d’impôt là-dessus.

La vidéo ci-dessous illustre en image l’organisation décrite plus haut :

Ce n’est pas tout…

On trouve aussi au sein de la décharge de Médiouna des maisons et des commerces.

Maisons habitées dans l'enceinte de la décharge

Maisons habitées dans l’enceinte de la décharge

Il y a par exemple des tentes en plastique sous-lesquelles sont organisés des cafés-restaurants qui vendent du thé, du café, des œufs et des sandwichs… Il faut bien que les centaines de personnes qui vivent sur la décharge se nourrissent !

On rencontre également du bétail au sein de la décharge ! Vu que l’Aid El Kebir est passé il y a pas longtemps, il n’y avait que quelques moutons, une dizaine de vaches, des mules et des chevaux. Mais l’on m’a affirmé qu’avant l’Aid ce sont des centaines de moutons qui s’engraissaient en mangeant les déchets de la décharge, pour être ensuite vendus dans d’autres villes, loin de Médiouna, pour éviter qu’on ne découvre leur provenance.

La tache noir au milieu de la photo... c'est une vache !!

La tache noir au milieu de la photo… c’est une vache !!

Quels sont les principales familles de déchets récupérées au niveau de la décharge de Médiouna ?

  • Les bouteilles plastiques en PET (Bouteilles d’eau minérale essentiellement)
  • Les autres types de bouteilles et bidons en PEHD blanc
  • Les autres types de bouteilles et bidons en PEHD coloré
  • Les films plastiques (cellophane etc…)
  • Les radios médicales
  • Le verre « blanc » (ou incolore)
  • Le verre coloré
  • Les cannettes et autres déchets en aluminium
  • Les boites de conserves et autres déchets de ferraille
  • Les autres métaux (cuivre essentiellement)
  • Les cartons

N.B : Quand j’ai posé la question pour savoir si on recyclait les sacs plastiques, voilà ce qu’on m’a répondu : « D’après toi, pourquoi tu en vois qui traînent partout ? Personne n’en veut ! S’ils avaient une valeur sur le marché du recyclage, ils seraient collectés ».

Que deviennent les déchets qui sont extraits de la décharge ?

En bout de chaîne  les entreprises qui rachètent les déchets collectés dans la décharge de Médiouna (ainsi que ceux collectés dans toutes les autres décharges du Maroc) les compactent, les lavent aussi parfois et en exporte la majeur partie.

  • Les plastiques PET (bouteilles d’eau minérale par exemple) sont exportés quasiment à 100% ;
  • Les autres types de plastiques sont parfois recyclés au Maroc même pour produire des articles de grande consommation (saut en plastique…) ;
  • Le carton est aussi en partie exporté et en partie vendu à nos entreprises nationales de papier-carton ;
  • Le verre également peut-être recyclé à Casablanca (une seule entreprise de recyclage de verre existe).

Avec l’évolution de la réglementation dans des pays tels que la Chine ou les pays de l’UE, il devient de plus en plus compliqué d’exporter nos déchets, et il sera bientôt indispensable de développer des filières industrielles adaptées au Maroc.

Que faut-il retenir de tout cela ? 

Nos déchets sont gérés de la pire manière qui soit : ils sont entreposés en périphérie de la ville dans une décharge à ciel ouvert qui n’est pas aux normes et qui pollue très certainement les nappes phréatiques, l’air et les sols alentours.

Par ailleurs, les seuls circuits de recyclage qui existent reposent sur le travail informel des collecteurs (en ville et dans la décharge). Ces gens travaillent « au noir », sans protections, s’exposent aux maladies et autres dangers pouvant émaner des ordures… et nombre d’entre eux sont des mineurs.

De plus, le tri et la collecte au niveau de la décharge sont la méthode la moins efficace pour optimiser le taux de recyclage. Au lieu de trier à la source, le tri n’a lieu qu’une fois que tous les déchets sont mélangés, sales, entassés, cassés etc… ce qui engendre un taux de déperdition non-négligeable.

Ce système de tri informel et inefficace engendre logiquement un manque à gagner colossale pour notre économie nationale : toutes les transactions se font « au noir », et les déchets représentent aujourd’hui un coût net alors qu’ils pourraient être une grande source de profit et de création d’emploi.

no comment...

No comment…